Marion Peltier

Comportementaliste spécialiste du chat

Consultations à domicile Sarthe (72)

Visioconsultations à distance

Rubrique Le monde propre du chat

La perception des durées

On entend souvent dire que les chats n’ont pas la notion du temps, qu’ils ne font pas la différence entre quelques heures et quelques jours de solitude. Cette soit-disant absence de notion du temps est particulièrement utilisée pour justifier le fait de le laisser seul 2 ou 3 jours.

Certes, le chat évolue dans un monde de perceptions sensorielles et cognitives différent du nôtre, et s’il est pour l’instant à peu près certain qu’il ne sait pas lire l’heure exacte sur une horloge, il a bel et bien une perception particulière du temps et des durées.

Une étude a en effet mis en évidence que les chats peuvent être capables de discriminer des intervalles de durée courte (5 secondes et 20 secondes).[1]

En ce qui concerne la perception de durées plus longues, une récente étude a montré une différence de comportements des chats envers leurs humains en fonction de la durée pendant laquelle ils étaient laissés seuls.

Ainsi, lors du retour de l’humain après 4h d’absence, les chats ont produit davantage de comportements sollicitants, tels que les miaulements, le ronronnement (ce dernier peut être un signe de bien-être ou au contraire d’inconfort) ou l’étirement du corps (supposément lié, selon les chercheurs, à une détente musculaire consécutive à une position statique pendant l’absence), en comparaison avec un retour consécutif à 30 minutes d’absence. Les chercheurs précisent que ces comportements ne sont pas corrélés aux sollicitations de l’humain envers le chat. L’interprétation donnée à ces comportements va selon eux dans le sens d’une « volonté » du chat de rétablir un lien social avec son humain, qui serait plus prononcée après plusieurs heures d’absence. 

Les résultats de cette étude tendent donc à montrer que les chats perçoivent, d’une manière ou d’une autre, la différence de durée, entre quelques minutes et plusieurs heures, pendant laquelle ils sont laissés seuls.[2]

Ces données peuvent notamment s’expliquer par la nature particulièrement routinière du chat. Ce dernier est en effet sensible aux habitudes et aux rituels qui composent son environnement. Ayant de surcroît une mémoire associative, il intègre des repères spatio-temporels en associant différents stimuli à certaines actions quotidiennes de ses humains.
Cette sensibilité à l’organisation spatio-temporelle, ainsi que l’existence d’une horloge biologique interne régulant certains temps d’activité et de repos, le rendent susceptible de percevoir les changements d’organisation et d’habitudes, ce qui implique une possible discrimination en termes de durées.

Il est donc erroné de penser que laisser son chat tout seul pendant 2 ou 3 jours n’aura aucune conséquence sur son bien-être. Il perçoit a priori si une durée d’absence de son humain est de quelques heures ou de plusieurs jours, et il peut éventuellement, en conséquence, ressentir une forme d’inconfort. 

Cet inconfort peut concerner le changement d’organisation spatio-temporelle en tant que tel mais également le « vide » occasionné par l’absence. En effet, lorsque nous sommes présents, nous effectuons des activités dans notre logement, ce qui procure au chat des stimulations. À l’inverse, quand nous sommes absents, il ne se passe généralement plus grand-chose, voire plus rien. Et même si nous laissons au chat des éléments environnementaux lui permettant de s’occuper tout seul, il se passera quoi qu’il arrive moins de choses au cours de la journée que quand nous sommes là. Cette diminution du nombre de stimuli peut donc susciter chez le chat un léger stress et lui demandera quoi qu’il arrive de déployer des capacités d’adaptation.

Ainsi, que cela soit pour vous assurer de l’état général de votre chat pendant votre absence (c’est-à-dire vous assurer qu’il s’alimente, s’abreuve, élimine normalement, ne s’est pas blessé, etc.) ou pour combler certains besoins psychologiques et lui assurer une présence ainsi qu’une possibilité d’occupation, il est recommandé de faire venir quelqu’une pour visiter votre chat au moins une fois par jour, même si vous vous absentez « seulement » quelques jours !

Références

[1]Rosenkilde, C. E. & Divac, I. (1976). Discrimination of time intervals in cats. Acta Neurobiologiae Experimentalis, 36(3), 311–317.

[2]Eriksson, M., Keeling, L. J. & Rehn, T. (2017). Cats and owners interact more with each other after a longer duration of separation. PloS One, 12(10) : e0185599.

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